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Deux grandes plaques de verre réfléchissant emprisonnent une série de tubes néons : la lumière ne peut se libérer et se reflète ainsi à l'intérieur, le spectateur pouvant observer le phénomène à travers le verre, comme une visualisation de ce qui se passe dans l'espace de la caméra une fois que la lumière a pénétré l'objectif et reste emprisonnée. Ce dispositif réfléchissant pourrait être rapproché du “Metro cubo d'infinito (Oggetti in meno)” (1965-66) de Pistoletto, qui serait son contraire : il s'agit d'un cube formé de miroirs avec leur surface réfléchissante vers l'intérieur. La lumière dans ce cas ne peut pas rentrer, et les miroirs sont donc plongés dans le noir; l'idée que nous pourrions nous faire de l'infini comme multiplication omnidirectionnelle de l'image est donc fausse, et c'est finalement l'absence de lumière qui est réfléchie sans fin. Extrait du texte de Ruggero Penone sur l'exposition Hôtel Reliance.2004
BIG BANG. Claire Moulene. 2004 Dans l’antre noire d’un minuscule atelier désaffecté, une succession infinie de néons blanchâtres, prisonniers d’une structure étroite, impose au regard la direction à suivre. En réalité, loin des querelles des années 70 et 80 entre partisans d’une photographie documentaire –essentiellement pratiquée par les artistes performer du Body Art ou du Land Art qui utilisaient alors la photograhie comme preuve – et les défenseurs d’une photographie dite « créatrice » qui doit son nom au Conservateur Jean-Claude Lemagny dans une tentative de définir radicalement la photographie comme un médium à part entière et donc dans la lignée d’une tradition picturaliste, Thomas Lannes ne s’inscrit pas davantage dans une conception plus large et plus contemporaine d’une photographie plasticienne décomplexée et décloisonnée telle que l’a formulé Dominique Baqué. Si l’on retrouve des traces de cette hybridation post-moderne caractéristique de l’usage récent de la photographie chez les artistes contemporains, la lecture des travaux de Thomas Lannes s’en éloigne pour se concentrer plus directement sur l’essence de l’acte photographique à proprement parler. Que met-on en jeu lorsqu’on appuie sur le déclencheur ?, semble s’interroger l’artiste. Le sujet photographié lui même, toujours irrémédiablement anthropique, vient compléter cette réflexion sur le temps photographique mis à l’œuvre. « Le travail de Thomas Lannes s’inscrit dans une tradition de l’image dont on peut assigner l’origine à la définition du paysage et de l’architecture par l’invention de la perspective renaissante » affirme le critique d’art Brice Mathieussent. Sauf qu’ici, tout est décrépitude, désertion et déshérence, bien loin de la matrice renaissante. Le constat proposé par les photographies est celui de la catastrophe dont presque tous les signes - vitres brisées, intérieurs d’usines abandonnés, déchets divers - témoignent et nous rappellent « la théorie de l’accident » mise au point par le philosophe et plasticien Paul Virilio en 2002. Comme si le paysage était soumis à un Big Bang originel qui fragmenterait la vision et excluerait toute lecture globalisante. « Le fameux silence de la photographie est ici un silence contemplatif, mais il suit le vacarme de l’explosion » ajoute Brice Mathieussent. Et pourtant, à cette décrépitude spectaculaire ou à peine suggérée, s’oppose systématiquement chez l’artiste, la grande tenue de l’acte photographique. Déjà en 1998, Sérial Number qui prenait de face une série d’usines en perdition, révélait l’esthétique rigoriste de l’Ecole Allemande et de ses plus fervents représentants : les Becher. À cette frontalité de l’image, s’ajoute régulièrement la présence d’un cadre – naturel s’il s’inscrit dans le sujet photographié, ou artificiel quand il est représenté par des embrasures de portes ou de fenêtres comme c’est le cas dans l’ingénieux PUZ-ZLER réalisé en 2001. Comme pour rappeler la confrontation entre l’espace de prise de vue et l’espace photographié, un cadre (ici une baie vitrée morcelée en plusieurs parcelles) vient délimiter la frontière qui se trouve immédiatement brouillée dans la mise en exposition de l’image, puisque l’artiste reproduit cette fragmentation initiale en divisant, à son tour, la photographie en autant de pièces qu’il y a de carreaux. Dans cette métaphore de l’appareil de prise de vue, seuls quelques fragments, reflets, cassures et autres parasitaires viennent encore troubler la vision. Désormais « le réel n’est plus visible parce que l’ordonnancement du monde a implosé », nous disent très clairement les photographies désenchantées de Thomas Lannes. Autre projet largement emblématique de cette position ambiguë entre vision chaotique contrôle et endiguement technique : la série V.I.T.R.I.O.L réalisée en 2003 / 2004 Composé de quatorze photographies grands formats qui font l’objet d’une mise en espace complexe, la série s’inspire de la double définition –chimique et philosophique – du vitriol qui renvoie tour à tour à la notion de décrépitude et de corrosion, ainsi qu’à l’idée de transformation de la matière première qui fournit un bon point d’ancrage à la photographie crépusculaire de Thomas Lannes. Renforçant encore le chaos inhérent à l’essence même de ces espaces, Thomas Lannes, en artiste démiurge, se joue alors des perspectives et des pistes de lecture de l’image en inversant, par exemple, sol et plafond. Une intervention à peine perceptible, qu’il avait d’ailleurs déjà mise à l’épreuve dans Grany 70 où il fournissait des clefs de lecture complexe, par le biais d’un jeu de perspectives et d’illusions troublant, à un vulgaire cliché amateur. Par ces subtils jeu de miroirs et d’inversion des perspectives dans un paysage à priori chaotique, Thomas Lannes pose surtout la question de la place de l’artiste et, par là même, celle du témoin-spectateur amené presque systématiquement à s’identifier au photographe. Perdu dans le chaos d’un sujet photographié qui met en scène « l’après déluge » et que l’artiste continue à alimenter par son intervention, le regardeur se trouve dans la même posture que l’artiste, c’est à dire dans un espace définitivement en retrait de l’objet photographié. Déjà, face à La Disparition, le spectateur était étranger à la scène qui se jouait sous ses yeux. Dans cf La Disparition, photographie réalisée à partir des éléments de construction de La Disparition – miroirs, néons –, le processus de retrait est d’autant plus pregnant qu’il nécessite de la part du regardeur une entreprise laborieuse de décryptage de l’image placée dans un caisson de verre dont les parties inférieures et supérieures font office de miroir, rendant ainsi d’autant plus ambiguë la lecture. De manière générale, le specateur se voit donc, malgré lui, confronté à un double retranchement : d’une part, face à la représentation brute d’un réel désolant, mais aussi face au travail posthume de l’artiste qui, par son intervention, réactive une dernière fois le désordre inhérent en y abandonnant l’empreinte infime d’une présence oubliée.
Exposition personnelles: 2004 AAAc, Musée, Luxeuil-les-bains 2003 CHAMBRE N°1, Les Instants Chavirés, Montreuil 2002 SKYBORDERS, Espace de la Chantrerie, Cahors 2001 PUZ-ZLER, Espace Art Reflex International, Paris 2000 DUELL, Galerie Expo 3000, Berlin
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